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La concurrence, une provocation productive

Régulièrement désignée pays le plus compétitif du monde, la Suisse peine pourtant à appliquer les principes de la concurrence à l’intérieur...

Article La Vie Economique

Régulièrement désignée pays le plus compétitif du monde, la Suisse peine pourtant à appliquer les principes de la concurrence à l’intérieur de ses frontières. Deux pistes sont exposées dans le présent article en guise de solution.

«Nous voulons être libres comme l’étaient nos pères… À bas le cartel de la bière !». Tel fut le cri de guerre lancé par le détaillant Denner dans plusieurs quotidiens le 22 février 1985[1], à une époque où chaque brasserie avait son propre marché fermé à la concurrence, où les restaurants étaient contraints de s’approvisionner auprès d’une brasserie déterminée et où les prix leurs étaient imposés.

Peu compatible avec la diversité culturelle de la Suisse, la monotonie du marché de la bière n’a pas empêché le cartel de subsister jusqu’en 1991. Pour que la diversité s’installe, il a fallu attendre l’émergence de la concurrence; alors qu’il n’existait que 32 brasseries en 1990, on en compte actuellement plus d’un millier, la plupart étant de petites entreprises occupant des créneaux spécifiques.

«C’est en nous trompant que nous nous élevons»

Pour définir la concurrence, le juriste allemand Franz Böhm (1895-1977), l’un des fondateurs de l’économie sociale de marché, a su trouver une formule percutante: «La concurrence est l’instrument de privation de pouvoir le plus extraordinaire et le plus génial de tous les temps.» En d’autres termes, personne n’est assuré de conserver sa situation privilégiée, la concurrence poussant les individus à rechercher sans cesse de meilleures solutions. Celui qui y parvient en tire bénéfice. L’inventeur d’une nouveauté n’est toutefois pas le seul à en profiter; il suffit de songer, parmi les avancées récentes, aux smartphones ou aux nouvelles thérapies anticancéreuses. On peut dès lors appliquer à l’économie l’adage formulé en 1995 pour la science par le philosophe et physicien Gerhard Vollmer: «C’est en nous trompant que nous nous élevons».

En dépit de ses succès, la concurrence a longtemps été honnie dans le pays: «La Suisse est depuis un demi-siècle le pays qui compte le plus de cartels», peut-on lire dans un article scientifique publié en 1957. Or, il s’agissait d’une volonté politique: la Commission fédérale du contrôle des prix faisait alors valoir que les cartels suisses n’étaient pas guidés par l’appât du gain que leur procurait leur position monopolistique, mais par les préoccupations existentielles que suscitait une concurrence ruineuse.

«Mettre fin à une concurrence ruineuse» est l’un des arguments classiques des adversaires de la concurrence, dont les brasseurs évoqués plus haut. Les prix excessifs imposés par les cartels procurent des avantages à tous leurs membres, mais à des degrés divers, les petits acteurs finissant par disparaître, absorbés par les entreprises de grande taille, ce qui entraîne une concentration du marché et un affaiblissement de la capacité d’innovation.  Les consommatrices et consommateurs sont les grands perdants de ce système: en plus de devoir débourser davantage, ils doivent également s’accommoder d’une perte de diversité et de qualité. Ainsi, quiconque voulait s’offrir une Pale Ale du temps du cartel de la bière restait sur sa soif.

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