Impact du COVID-19 - Interview de Serge Patamia, Vice-président de Rinco Ultrasonics

Face au Coronavirus, de nombreux membres de la CCI France Suisse ont mis en place des plans de continuité que nous vous proposons de découvrir dans cette chronique.

Qu’avez-vous pris comme mesures pour protéger vos collaborateurs en assurant la continuité de votre production ?

Dès le 16 Mars nous avons commencé le Home office, les déplacements, les réunions et l’accueil de personnes étrangères à l’entreprise ont été interdits.

Par mesure de précaution et pour protéger autant que possible les salariés,  j’ai complètement fermé l’entreprise du 23 au 31 Mars.

A partir du 1er Avril  nous avons commencé en réduction d’horaire de travail à 50% avec une équipe le matin et une équipe l’après-midi pour éviter les contacts et maintenu le maximum de collaborateur en Home office.

Dès le 06 Avril nous avons reçu une vague de commande qui nous a obligé à revoir nos horaires de travail et à passer dès le 14 Avril à 100%, en heures supplémentaire en semaine et le samedi pour pouvoir fournir la demande.

Vous devez répondre à une forte augmentation de la demande actuellement, est-ce sur un modèle en particulier et pour quelle raison ?

Le matériel de soudure par ultrasons que nous fabriquons dans nos ateliers de Romanshorn (TG) sont des composants largement utilisés sur les lignes de production de masques chirurgicaux et masques FFP2.

Ces composants permettent de faire la soudure des contours du masque et des élastiques (ce sont les petits points visibles sur les bords).

Les demandes sont arrivés de beaucoup de pays, plus particulièrement la Scandinavie, l’Allemagne et la Chine.

Nous avons aussi réalisé des ensembles pour la soudure de composants médicaux, car nos machines permettent aussi l’assemblage de pièces en plastiques injectés comme des filtres pour les respirateurs, les connecteurs, etc.….

Très tôt, nous avions informé notre réseau de distribution (qui compte 40 filiales et distributeurs dans le monde) que nous portons une attention toute particulière aux projets dédiés aux protections individuelles et au appareils médicaux. Ce sont des projets que nous traitons en priorité.

C’est une bataille que nous devons gagner contre l’épidémie, le temps est un facteur crucial.

Vous produisez beaucoup de machines pour l’exportation, avez-vous des contraintes logistiques pour acheminer vos produits ?

Effectivement 80% de notre production est faite pour l’export.

Nous n’avons pas de contrainte particulière, tous les transports se déroulent, on sent qu’il y a un fort engagement de la part des acteurs de la logistique aussi.

D’autre part, notre certification auprès de l’Office Fédéral de l’Aviation Civile en tant que « Certified Known Consignor » nous permet d’être plus rapide pour les expéditions par voie aérienne.

Comment réagissent vos collaborateurs dans la situation actuelle ?

La période d’inquiétude du début a laissé place à un très fort engagement.

Toute l’équipe est très mobilisée, mais j’ai été très clair avec eux : Nous ne prenons pas de risque sanitaire et respectons les consignes édictées par la confédération.

Nous avons distribués des masques à chacun des salariés, des vaporisateurs de gel hydro-alcoolique sont à dispositions et la distanciation est bien respectée, les personnes à risques sont tenues à l’écart de l’entreprise.

Comme un seul homme toute l’équipe a souhaité relever ce défi qui va bien au-delà du simple souhait de faire des heures, ou de ne pas perdre de salaire, c’est surtout un engagement pour une bonne cause qui donne encore plus de sens à notre travail.

« Wir machen das ! » ces trois mots résument bien la motivation actuelle.

Qu’est-ce qui va changer d’après vous à l’avenir ? Un mot envers la communauté d’affaires franco-suisse ?

Je crains que cette vague de suractivité ne laisse place à une récession, même si désormais nous avons cumulé plus de 3 mois de commandes depuis le 1er Avril, nous nous préparons à un second ralentissement.

Mais j’ose quand même imaginer que l’économie repartira avant la fin de l’année.

Je souhaite aux entreprises Françaises installées en Suisse et aux entreprises Suisses installées en France de traverser cette crise, et de maintenir leurs activités là où elles sont.

J’espère que cette crise aura finalement comme effet d’offrir encore plus d’opportunités pour les échanges entre nos deux pays, le mot « Crise » en Japonais n’est-il pas composé des mots « Danger » et « Opportunité » ?

J’invite vraiment les entreprises Françaises à prendre en compte une localisation en Suisse Allemande, c’est aussi une porte d’accès pour les marchés en Allemagne et en Autriche, les équipes de la CCI et le réseau d’entrepreneurs que nous sommes sont là pour les aider.